La Safranière

« Ce qui est certain, c’est que le temps est long, dans ces conditions, et nous pousse à le meubler d’agissements qui, comment dire, qui peuvent à première vue paraître raisonnables, mais dont nous avons l’habitude. Tu me diras que c’est pour empêcher notre raison de sombrer. C’est une affaire entendue. Mais n’erre-t-elle pas déjà dans la nuit permanente des grands fonds. »

Samuel Beckett, En attendant Godot

L’œuvre présentée ici se trouve à la frontière du travail documentaire et de la photographie plasticienne. Installée au cœur de la Brocéliande depuis presque cinq ans, Elle y développe une culture d'aromates et d'épices au sein de sa petite exploitation agricole. Cette année-là, la safranière souffre d’un retard à la floraison. La cueillette qui reste un travail exclusivement manuel ne peut se faire. S’installe alors l’attente et l’incertitude. De cette incertitude naît l’inquiétude et le doute sur les possibilités qui se présentent à elle. L’avenir qui semblait assuré et programmé n’est pas présent. L’humain qui a en vain tenté de maîtriser en organisant la nature se voit désœuvré. Il doit attendre. Cette floraison qui ne vient pas crépuscule après crépuscule l’oblige à accepter de ne jouer le rôle de contemplatrice dans cette cohabitation avec l’environnement. A l’image de la fleur du Safran qui pousse à ras de terre et où il faut se baisser au plus près d'elle pour apercevoir les premiers crocus destinés à être cueillis, les photographies sont réalisées en grand plan au plus près du sujet et des éléments qui l’environne. L’atmosphère crépusculaire n’est pas sans rappeler la scène d’ouverture de la célèbre pièce de Samuel Beckett, où deux comparses se retrouvent la nuit tombante sur un chemin de campagne pour y un attendre Godot.


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